En cours de correction
Chapitre 1 – Bienvenue en Enfer
La clim de ma voiture rend l’âme pile au moment oĂą mes pneus Ă©crasent la poussière du chemin de terre. Parfait. Je coupe le contact. J’ouvre la fenĂŞtre, le silence qui s’abat est assourdissant, pas de sirènes, pas de klaxons. Juste le crissement lointain des insectes et un vent chaud qui soulève la poussière.
Je pousse la portière. La chaleur me frappe comme une gifle physique. Mon tailleur-pantalon hors de prix me colle dĂ©jĂ Ă la peau. Moi, Elsy, je suis une citadine, je viens d’atterrir au milieu de nulle part.
Une odeur forte de terre sèche et de foin chaud m’envahit les narines. Au loin, des chevaux broutent derrière des barrières en bois usĂ©. C’est pittoresque. C’est l’enfer.
Des pas lourds écrasent les graviers. Je me retourne.
Charlie.
Il avance vers moi. Grand. Trop grand. Ses Ă©paules bloquent presque le soleil dĂ©clinant. Un Stetson usĂ© projette une ombre dure sur son visage, mais je capte l’Ă©clat de ses yeux. D’un bleu glacial. Presque insolent au milieu de toute cette chaleur Ă©touffante. Son jean dĂ©lavĂ© est couvert de poussière, sa chemise Ă carreaux ouverte sur un t-shirt gris qui moule sa carrure.
Il s’arrĂŞte Ă un mètre. Son odeur me parvient instantanĂ©ment. Cuir usĂ©, sueur propre et pin sauvage.
— Tu as survécu à la route de terre.
Sa voix vibre, rĂ©sonnant directement dans ma poitrine. Je croise les bras pour l’empĂŞcher de voir que je frissonne malgrĂ© les trente degrĂ©s ambiants.
— Tout juste. Ton GPS a oubliĂ© de prĂ©ciser qu’il fallait un tank pour arriver jusqu’ici.
Un demi-sourire Ă©tire ses lèvres. Il ne s’excuse pas. Il s’abaisse, attrape ma valise comme si elle pesait le poids d’une plume.
— Bienvenue au ranch, Elsy. Suis-moi.
Il tourne les talons. Je regarde son dos large s’Ă©loigner, ses muscles bouger sous le tissu Ă chaque pas. Je souffle un grand coup. L’Ă©tĂ© va ĂŞtre long. Très long.
La maison principale est un bloc de bois massif et de pierre brute. Dès qu’il pousse la porte d’entrĂ©e, la tempĂ©rature chute d’un coup. L’air sent la cire d’abeille et le cafĂ© froid. Le sol en parquet grince lourdement sous mes bottines. C’est sombre, rustique. Une tanière beaucoup trop grande pour un seul homme.
Il me guide dans un couloir Ă©troit jusqu’Ă une pièce au fond. Il pousse la porte de l’Ă©paule.
La chambre est dépouillée. Un lit en fer forgé, une commode en chêne massif, et une fenêtre immense qui encadre les pâturages brûlés par le soleil. La lumière dorée de fin de journée découpe des ombres nettes sur les lattes du plancher.
— Ta chambre. Installe-toi. On dîne dehors dans une heure.
Il pose la valise au pied du lit. Son regard s’attarde une fraction de seconde sur moi. Une Ă©valuation rapide, silencieuse. Puis il sort. La porte claque derrière lui.
Je me laisse tomber sur le matelas. Il est ferme. Je regarde le plafond en lattes de bois en soupirant. Qu’est-ce que je suis venue faire ici ?
Une heure plus tard, la nuit est tombĂ©e. Une fraĂ®cheur bienvenue remplace l’air suffocant de l’après-midi. Je rejoins la terrasse arrière. Charlie est dĂ©jĂ lĂ .
Une table en bois brut. Deux assiettes. Une lumière vacillante provenant d’un brasero installĂ© Ă quelques mètres. Les flammes lèchent l’obscuritĂ©, projetant des Ă©clats dorĂ©s sur les angles durs de son visage.
Je m’assois en face de lui. L’odeur de la viande grillĂ©e me rappelle brusquement que j’ai l’estomac vide. Je me sers une bière glacĂ©e. Je bois une gorgĂ©e longue, ignorant son regard posĂ© sur moi.
— Pas trop dépaysée par le menu ?
Il ne quitte pas son assiette des yeux.
— Ici, on ne livre pas de sushis à domicile.
— Je survivrai, Charlie. J’ai mangĂ© dans des endroits bien plus hostiles qu’une terrasse dans le Wyoming.
— Ah ouais ? Genre où ?
— Une salle de réunion un lundi matin avec dix investisseurs qui veulent ta peau.
Il lâche un petit rire sourd. Le son est riche, rauque. Il me fixe par-dessus son verre, l’air de deviner exactement ce qui se passe dans ma tĂŞte.
— Le silence te pèse ?
— Ça me donne surtout envie de crier pour voir s’il y a de l’Ă©cho.
Il secoue lentement la tĂŞte.
— Tu vas t’y faire. T’es encore sous tension, Elsy. T’as ramenĂ© toute l’Ă©lectricitĂ© de la ville avec toi.
Je bois une longue gorgée pour masquer mon trouble.
— La ville me maintient en vie. Ici, j’ai l’impression que la nature attend son heure pour me dĂ©vorer.
— Peut-ĂŞtre qu’elle a raison.
Il plante sa fourchette dans son steak avec une précision lente.
— Tu penses tenir combien de temps avant de regretter ton Starbucks et ton Wi-Fi ?
— Tu paries sur mon Ă©chec dès le premier soir ? C’est ça, ton hospitalitĂ© ?
— Je suis juste rĂ©aliste. Tu as encore la poussière de la route sur tes chaussures de luxe. Ce ranch n’est pas un dĂ©cor de film, c’est du boulot.
Le sous-entendu flotte au-dessus de la table, lourd. Je soutiens son regard. Mon cœur cogne trop fort.
— Ne me sous-estime pas, Charlie. J’ai peut-ĂŞtre les ongles vernis, mais je sais quand il faut se salir les mains.
Il ne rĂ©pond pas tout de suite. Ses yeux s’assombrissent.
— On verra ça demain, Ă l’aube.
Le reste du repas se déroule dans une étrange danse verbale. Des questions courtes. Des réponses tranchantes. Il respire par et pour sa terre. Je déteste le vide. Nous sommes deux pôles opposés forcés de cohabiter sous le même toit.
La fin du dĂ®ner approche. Je rassemble mes couverts en tentant d’ignorer la fatigue. Ma main frĂ´le accidentellement la sienne sur la table en bois rugueux.
Le contact est électrique. Une décharge pure.
Je fige mon geste. Lui aussi. La chaleur de sa peau traverse mon bras. Il ne recule pas. Ses yeux s’assombrissent brutalement, perdant leur bleu clair pour virer Ă l’orage. L’air entre nous s’Ă©paissit, devenant soudain impossible Ă respirer.
— Si tu as besoin de quelque chose, n’hĂ©site pas.
Sa voix est encore plus basse que tout Ă l’heure. Un grondement contenu. Ses doigts rugueux effleurent ma peau une seconde de plus avant de se retirer lentement.
Je déglutis difficilement.
— Bonne nuit, Charlie.
Je me lève prĂ©cipitamment. La chaise racle le sol en bois. Je fuis presque vers l’intĂ©rieur de la maison. Mon dos me brĂ»le, comme s’il me suivait des yeux jusqu’Ă ce que la porte se referme derrière moi.
Je m’adosse au mur de ma chambre, le souffle court dans la pĂ©nombre. Mes doigts tremblent lĂ©gèrement. L’alchimie n’est pas une figure de style ici. C’est un danger physique. Une Ă©preuve du feu. Et je viens tout juste d’y mettre les pieds.
InteractiveNovel.io
Fin du chapitre 1
Hook: « L’ArrivĂ©e au Ranch »
Tagline: « La chaleur de la terre, la froideur de mon accueil. »
Mots-clé : Tension, Contraste, Rancune, Désir, Isolement
